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Dans les coulisses d'un réglage lumière avant le journal

Sophie Delvaux

6 min de lecture

Du premier projecteur allumé au dernier contrôle en caméra, voici comment se prépare réellement l'éclairage d'un plateau de journal télévisé, geste après geste, sans raccourci.

Dans les coulisses d'un réglage lumière avant le journal

Avant d'allumer quoi que ce soit

Un réglage de lumière commence rarement par un projecteur. Il commence par une feuille de papier : le plan du plateau, la position du bureau, celle des caméras, la hauteur sous la grille. En début de matinée, je fais d'abord le tour du décor sans rien allumer, en regardant où se trouvent les surfaces brillantes, les vitres, les cadres, le plateau laqué du bureau. Ce sont elles qui décideront où les projecteurs ne pourront pas aller.

Ensuite, je demande qui sera assis où. Un présentateur de grande taille, une invitée plus petite, un second siège ajouté au dernier moment : chaque changement déplace les ombres sur les visages. J'exige donc une doublure, quelqu'un qui s'assoit à la place exacte pendant que nous réglons. Sans doublure, on règle pour une chaise vide, et le résultat se paie à l'antenne.

Les exercices pratiques du programme suivent cet ordre, parce qu'il évite les allers-retours sur l'échelle.

  • Relever les surfaces réfléchissantes du décor
  • Placer une doublure à la position exacte des présentateurs
  • Noter la hauteur disponible sous la grille

Poser la lumière principale

La lumière principale se place en premier, légèrement au-dessus de la ligne des yeux et décalée de quelques dizaines de degrés par rapport à l'axe de la caméra. Trop haute, elle creuse les orbites ; trop frontale, elle aplatit le visage. Je la règle en regardant le moniteur, pas à l'œil nu, parce que la caméra ne voit pas comme nous.

Je ferme volontiers les volets du projecteur pour limiter le faisceau au visage et au buste. Une lumière qui déborde sur le décor ou sur le sol crée des halos que l'on ne rattrape plus. Chaque réglage est donc suivi d'un regard sur le fond : si le mur derrière la doublure s'éclaire sans que je l'aie voulu, je reprends les volets avant de passer à la suite.

Cette étape demande de la patience : on ne touche qu'un paramètre à la fois, sinon on ne sait plus ce qui a changé l'image.

Déboucher les ombres sans aplatir

Une fois la lumière principale posée, le côté opposé du visage tombe dans l'ombre. La lumière de débouchage sert à l'adoucir, pas à la supprimer. Je la place de l'autre côté de l'axe, plus basse et plus douce, avec une intensité nettement inférieure. Si les deux côtés du visage sont aussi lumineux, le relief disparaît et le présentateur semble sortir d'une photo d'identité.

Je vérifie aussi le dessous du menton et les arcades, où l'ombre s'installe vite. Un léger ajustement d'angle règle souvent le problème sans ajouter de source. Quand un invité porte des lunettes, je déplace le projecteur de quelques centimètres pour sortir les reflets des verres, en gardant la doublure en place et en demandant qu'elle baisse un peu la tête, comme on le fait en lisant un prompteur.

Ces gestes minuscules font la différence entre un plateau correct et un plateau confortable à regarder.

  • Débouchage plus doux et moins intense que la principale
  • Contrôle des ombres sous le menton et sur les arcades
  • Déplacer la source plutôt qu'en ajouter une

Détacher les personnes du décor

Le contre-jour, placé derrière et au-dessus des présentateurs, dessine une fine ligne de lumière sur les épaules et les cheveux. C'est lui qui détache la silhouette du fond. Je le règle sobrement : trop fort, il brûle les cheveux clairs et donne un contour dur ; trop faible, il n'apporte rien. Les cheveux foncés en demandent un peu plus, les clairs un peu moins.

Le décor reçoit ensuite sa propre lumière, indépendante de celle des visages. J'éclaire le fond avec des sources distinctes, en veillant à garder le fond légèrement moins lumineux que les personnes, pour que le regard reste sur elles. Les éléments décoratifs, panneaux, écrans, plantes, reçoivent un éclairage rasant qui fait ressortir leurs textures sans créer de taches.

À ce stade, on commence à lire l'image comme un ensemble, et plus comme une suite de projecteurs.

Contrôler en caméra, pas à l'œil

Le contrôle final se fait aux moniteurs et au vectorscope si le plateau en dispose, avec chaque caméra en place. Je regarde les trois cadres que le réalisateur utilisera : plan large, plan serré du présentateur, plan de l'invité. Une lumière parfaite en plan large peut produire un reflet gênant dans un plan serré, et c'est exactement ce que l'on cherche à repérer avant l'antenne.

Je demande aussi un mouvement : le présentateur se penche vers ses notes, se tourne vers l'invité, se lève pour aller vers l'écran. Si l'ombre d'une perche ou d'un bras de caméra traverse le visage pendant ces gestes, on déplace la source ou on corrige le cheminement. Les mouvements prévus au conducteur sont testés un par un, car la lumière doit tenir tout le long de l'émission.

Je note enfin les valeurs retenues, pour retrouver le réglage le lendemain sans tout recommencer.

  • Vérifier plan large, plan serré et plan d'invité
  • Faire jouer les mouvements prévus au conducteur
  • Consigner les réglages pour la séance suivante

Ce que l'on apprend en pratique

Dans le programme, ce travail se fait en studio avec les stagiaires, en petits groupes. Chacun passe à tour de rôle à la grille, à la doublure et au moniteur, pour comprendre ce que chaque poste voit. On rate d'abord un réglage, volontairement ou non, puis on le corrige en cherchant la cause plutôt qu'en multipliant les projecteurs.

Je ne promets pas qu'on sorte d'une séance en éclairant seul un plateau de journal. En revanche, on repart avec une méthode ordonnée : repérer, poser, déboucher, détacher, contrôler. Cette suite se transpose à un petit studio comme à une scène de concert, avec les adaptations propres à chaque lieu, et elle donne un langage commun avec le cadreur et le réalisateur.